Un coup de brosse dans les cheveux, la tête qui tourne sur l'oreiller, un col de pull qui frotte : il suffit parfois d'un geste aussi banal pour déclencher une décharge qui part de la base du crâne et remonte, en une fraction de seconde, jusqu'au sommet de la tête. Puis la douleur s'arrête, et revient un peu plus tard, au même endroit.
Ce scénario, avec son cuir chevelu devenu sensible au simple toucher, correspond à la description que donne la classification internationale des céphalées de la névralgie occipitale, que l'on appelle en France névralgie d'Arnold. Le nom vient de l'anatomiste allemand Friedrich Arnold, qui a décrit au XIXe siècle le nerf grand occipital. Comprendre ce que touche cette névralgie, comment elle se distingue des autres maux de tête et à quel moment elle doit faire consulter vite aide à en parler clairement avec son médecin.
Le nerf d'Arnold, un câble sensitif entre nuque et crâne
Le nerf d'Arnold est le nom courant du nerf grand occipital. Il ne commande aucun muscle : c'est un nerf sensitif, qui transmet les sensations de la peau de l'arrière du crâne. Il naît au niveau de la deuxième vertèbre cervicale (la région que les médecins notent C2), remonte à travers les muscles profonds de la nuque, puis s'étale sous le cuir chevelu, de la base du crâne vers le sommet.
Il n'est pas seul. La classification de l'International Headache Society, la référence utilisée par les neurologues du monde entier (ICHD-3), rattache la névralgie occipitale à trois nerfs :
- le nerf grand occipital, le plus souvent en cause, qui couvre l'essentiel de l'arrière de la tête ;
- le nerf petit occipital, plus latéral, qui dessert la zone située derrière l'oreille ;
- le troisième nerf occipital, plus bas, proche de la nuque.
Pourquoi la douleur peut atteindre l'œil
La douleur déborde parfois vers le front ou derrière l'œil. La classification l'explique : les fibres du nerf occipital et celles du nerf trijumeau, qui assure la sensibilité du visage, se rejoignent dans les mêmes noyaux du tronc cérébral. La douleur née à l'arrière peut ainsi être ressentie jusqu'à la région fronto-orbitaire, sans que l'œil lui-même soit atteint.
Névralgie d'Arnold : les symptômes qui la signent
Le mot « névralgie » désigne une douleur qui suit le trajet d'un nerf. Dans la névralgie d'Arnold, ce trajet dessine une bande qui part sous l'occiput et remonte sur le crâne. La douleur touche un seul côté ou les deux.
D'après les critères diagnostiques de l'ICHD-3, la douleur présente au moins deux de ces trois caractères :
- elle survient par crises brèves, de quelques secondes à quelques minutes, qui se répètent ;
- elle est intense ;
- elle est fulgurante, en coup de poignard, en éclair ou en décharge électrique.
Deux autres éléments l'accompagnent. D'abord une sensibilité anormale du cuir chevelu : une stimulation qui ne fait normalement pas mal, comme toucher ses cheveux, les coiffer ou poser la tête sur un coussin, devient désagréable voire douloureuse. Les médecins parlent de dysesthésie ou d'allodynie. Ensuite une sensibilité à la pression sur le trajet du nerf, ou des points précis qui réveillent la douleur quand on appuie à l'endroit où le nerf grand occipital émerge, sous la base du crâne.
La zone peut aussi devenir moins sensible, un peu engourdie, entre les crises.
Ce qui la distingue d'un mal de tête ordinaire
Les maux de tête les plus courants, comme la céphalée de tension ou la migraine, s'installent généralement sur des heures et ne suivent pas le trajet précis d'un nerf. La névralgie d'Arnold, elle, procède par éclairs courts, localisés sur une bande nerveuse, avec ce cuir chevelu hypersensible qui la caractérise.
Le tableau n'est pas toujours aussi net. Des douleurs de la nuque d'une autre origine peuvent irradier vers l'arrière de la tête, et c'est tout l'enjeu de l'examen médical.

D'où vient cette douleur du nerf occipital ?
La classification ne retient pas une cause unique. Le nerf grand occipital traverse des muscles et passe près des articulations des premières vertèbres : une gêne sur ce trajet peut suffire à l'irriter. Parmi les pistes que le médecin explore figurent les tensions des muscles de la nuque, les suites d'un choc ou d'un mouvement brutal du cou, l'usure des articulations cervicales hautes, ou une position de la tête prolongée et contraignante. Il arrive aussi qu'aucune cause précise ne soit trouvée.
L'ICHD-3 insiste sur un point : la névralgie occipitale doit être distinguée d'une douleur qui vient d'ailleurs et qui se projette simplement vers l'occiput. Deux sources sont citées :
- les articulations atlanto-axoïdiennes (entre la première et la deuxième vertèbre) et les petites articulations cervicales hautes ;
- des points douloureux dans les muscles du cou ou à leurs points d'attache sur le crâne.
Ces douleurs « projetées » ressemblent à une névralgie d'Arnold sans en être une : l'autodiagnostic reste donc peu fiable.
Maladie d'Arnold et malformation d'Arnold-Chiari : deux choses différentes
L'expression « maladie d'Arnold » est souvent employée pour la névralgie elle-même. Elle prête à confusion avec la malformation d'Arnold-Chiari, qui porte en partie le nom du même anatomiste mais désigne une anomalie de la jonction entre le crâne et la moelle épinière. Ce n'est pas une atteinte du nerf occipital, et son bilan relève d'une démarche distincte. Face à un mal de tête inhabituel, c'est au médecin de faire la part des choses.
Comment le médecin confirme le diagnostic
Il n'existe pas de prise de sang ni d'image qui « montre » une névralgie d'Arnold. Le diagnostic est d'abord clinique : il repose sur l'interrogatoire (caractère de la douleur, durée des crises, côté, gestes qui la déclenchent) et sur l'examen de la nuque et du cuir chevelu, avec la recherche de points sensibles sur le trajet du nerf.
Un critère est particulièrement parlant. Selon l'ICHD-3, la douleur est soulagée temporairement par un bloc anesthésique du nerf concerné, c'est-à-dire une injection d'anesthésique local à son émergence, réalisée par un médecin. Si la douleur cède, l'origine nerveuse est confortée.
Dernière condition posée par la classification : la douleur ne doit pas être mieux expliquée par un autre diagnostic. Selon le contexte, le médecin peut donc demander des examens, par exemple une imagerie de la colonne cervicale ou du crâne, non pour voir le nerf, mais pour écarter une autre cause.
Préparer la consultation
Quelques notes prises les jours précédents rendent l'échange plus utile : heure et durée des décharges, côté touché, gestes déclencheurs (se coiffer, tourner la tête, s'allonger), présence d'un engourdissement, médicaments déjà pris et leur effet. Les mêmes habitudes de suivi que celles d'un carnet de sommeil aident aussi à repérer si les nuits sont touchées.
Le traitement de la névralgie d'Arnold
La prise en charge dépend de ce que l'examen a mis en évidence et se décide avec le médecin. Elle peut associer plusieurs volets :
- des mesures physiques, comme la kinésithérapie, quand une composante musculaire ou posturale est en jeu ;
- des médicaments choisis par le médecin selon l'intensité, la fréquence des crises et le profil de la personne (antécédents, autres traitements, grossesse) ;
- dans certains cas, un bloc anesthésique du nerf, parfois associé à d'autres produits, réalisé par un spécialiste ; c'est le même geste qui sert au diagnostic.
Pour les douleurs qui persistent malgré ces mesures, le médecin traitant peut orienter vers un neurologue ou une structure spécialisée dans la douleur chronique.
L'automédication a ses limites. Pour les maux de tête en général, l'Assurance Maladie rappelle de ne pas dépasser cinq jours d'automédication par anti-inflammatoire et de consulter si la douleur ne passe pas, et souligne que ces médicaments sont contre-indiqués dans de nombreuses situations. Une névralgie qui revient mérite donc un avis médical.
Les gestes du quotidien qui ménagent la nuque
Sans remplacer un traitement, quelques précautions évitent d'entretenir la douleur : varier les positions de la tête au travail sur écran, faire des pauses régulières, éviter de rester longtemps la tête penchée en avant sur un téléphone. Les recommandations générales de l'Assurance Maladie pour les maux de tête vont dans le même sens : se reposer au calme, bien s'hydrater, ne pas sauter de repas et limiter le temps passé devant un écran.
Reprendre une activité physique douce, une fois la crise passée et avec l'accord du médecin, entretient la mobilité du cou et des épaules ; la méthode pour se remettre au sport sans se blesser s'applique aussi après une période de douleur.

Dormir avec une névralgie d'Arnold
La nuit concentre plusieurs déclencheurs : appui prolongé de l'arrière du crâne sur l'oreiller, rotation de la tête en dormant, frottement du cuir chevelu. Un oreiller qui maintient la nuque dans l'axe, sans la plier ni la laisser tomber, limite les contraintes. Dormir sur le côté non douloureux évite d'appuyer directement sur la zone sensible.
Rester plus longtemps au lit pour compenser n'est pas une bonne idée : l'Assurance Maladie recommande de ne pas dormir plus que d'habitude en cas de céphalées, car cela peut les aggraver. Quand la douleur finit par installer des nuits hachées et des réveils répétés, les pistes pour retrouver le sommeil après des nuits blanches aident à ne pas laisser s'installer une insomnie à côté de la névralgie.
Quand un mal de tête à l'arrière du crâne impose de consulter vite
Une décharge brève dans la nuque, déjà connue et expliquée par un médecin, peut être surveillée. D'autres situations ne doivent pas être prises pour une simple névralgie. L'Assurance Maladie les classe selon le délai :
| Situation | Que faire |
|---|---|
| Douleurs qui s'aggravent sur des semaines, changent de caractère ou résistent au traitement habituel ; maux de tête à répétition chez une personne qui n'en avait jamais | Consulter son médecin traitant dans les jours qui viennent |
| Céphalées nouvelles et intenses, avec vomissements, douleurs musculaires, fatigue, troubles de la mémoire ou baisse de la vision | Consulter son médecin traitant dans la journée |
| Douleur soudaine, violente, avec faiblesse ou paralysie, crise d'épilepsie, trouble de la parole ou confusion ; douleur explosive maximale d'emblée ; fièvre, vomissements et raideur de la nuque ; mal de tête après un choc violent à la tête ; douleur brutale d'un ou des deux yeux avec vision floue | Appeler le Samu : 15 ou 112 |
La raideur de nuque avec fièvre et la douleur « en coup de tonnerre », intense dès la première seconde, méritent une mention particulière : une personne qui souffre de la nuque pourrait les mettre sur le compte de sa névralgie, alors qu'elles relèvent de l'urgence.
Questions fréquentes
Une crise de névralgie d'Arnold s'étend sur quelle durée ?
Chaque crise est brève : de quelques secondes à quelques minutes selon les critères de la classification internationale. Les crises peuvent se répéter dans la journée, et la sensibilité du cuir chevelu persister entre elles. La durée de l'épisode dans son ensemble varie selon la cause et la prise en charge.
La névralgie d'Arnold peut-elle toucher les deux côtés ?
Oui. Elle est souvent d'un seul côté, mais la classification prévoit des formes bilatérales, sur le trajet des nerfs occipitaux droit et gauche.
Quel médecin consulter pour une névralgie d'Arnold ?
Le médecin traitant en premier : il examine la nuque, cherche une autre cause et propose une prise en charge. Si la douleur persiste, il peut orienter vers un neurologue, un médecin de la douleur ou un rhumatologue selon l'origine suspectée.
La névralgie d'Arnold est-elle grave ?
La douleur peut être très forte et gêner le quotidien, mais elle se soigne une fois sa cause précisée. Le vrai risque est de confondre avec elle un mal de tête qui relève de l'urgence : douleur explosive, fièvre avec raideur de nuque, faiblesse ou trouble de la parole imposent d'appeler le 15.
Sources et références
- International Headache Society, ICHD-3, 13.4 Occipital neuralgia — ichd-3.org
- Assurance Maladie (ameli.fr), Mal de tête : comment être soulagé(e) et quand consulter ? — www.ameli.fr




