L'expression fait penser à un corps étranger, comme du sable entré dans l'oreille après une baignade. C'est une idée fausse : ces grains minéraux sont présents dans l'oreille interne de chacun, à un endroit précis où ils servent à percevoir la pesanteur. Le trouble commence lorsque quelques-uns quittent leur logement et s'égarent dans un canal voisin, qui n'est pas fait pour eux.

Le résultat est spectaculaire : en se retournant dans le lit, en se penchant pour lacer une chaussure ou en levant les yeux vers une étagère, la pièce se met à tourner pendant quelques secondes. Les médecins parlent de vertige positionnel paroxystique bénin, souvent abrégé en VPPB. Le mot « bénin » compte : le trouble peut être très gênant pendant quelques jours, mais il ne touche pas l'audition et se soigne en général sans médicament.

Cristaux oreille : des grains qui quittent leur logement

L'oreille interne abrite deux systèmes voisins. La cochlée sert à entendre. Le vestibule renseigne le cerveau sur la position et les mouvements de la tête ; il comprend trois canaux semi-circulaires remplis de liquide, orientés dans trois plans, et deux petites poches sensibles à la pesanteur.

Dans ces poches reposent les otolithes, ou otoconies : ce sont eux que le langage courant appelle les cristaux de l'oreille interne. Lorsque certains se détachent et glissent dans un canal semi-circulaire, on les appelle canalithes. À chaque mouvement de tête dans le plan de ce canal, ils roulent, entraînent le liquide et stimulent le capteur comme si la tête tournait vivement. Le cerveau reçoit un message de rotation que les yeux et le corps ne confirment pas : ce désaccord produit la sensation de tourner, les nausées et un mouvement réflexe des yeux, le nystagmus.

Trois canaux, trois formes

La recommandation de la Haute Autorité de santé (HAS) distingue l'atteinte du canal postérieur, du canal horizontal (ou latéral) et du canal antérieur. Les tests et les manœuvres sont les mieux documentés pour le canal postérieur. Le texte évoque aussi des formes plus rares : plusieurs canaux touchés en même temps, les deux oreilles concernées, un vertige ressenti sans nystagmus visible, ou des cristaux qui passent d'un canal à l'autre pendant une manœuvre.

Canal touchéTest cité par la HASManœuvres recommandées
PostérieurDix-HallpikeEpley ou Sémont
HorizontalTest de roulis couchéLempert et Tiel-Wilck, ou Gufoni
AntérieurTests positionnelsDonnées insuffisantes

Les symptômes des cristaux dans les oreilles

La HAS décrit le VPPB comme un vertige rotatoire vrai, déclenché par les changements de position de la tête, qui dure moins de 60 secondes et s'accompagne d'un nystagmus, avec parfois nausées et vomissements. Chaque élément aide au repérage.

Un vrai vertige rotatoire. Ce n'est pas une simple tête vide ou des jambes molles : le décor tourne, ou le corps a l'impression de tourner.

Un déclencheur précis. La crise suit un mouvement de la tête : se coucher, se redresser, se retourner dans le lit, se pencher, regarder en l'air. L'immobilité ne déclenche rien, ce qui pousse beaucoup de personnes à garder la tête raide.

Une durée courte. Le tourbillon démarre souvent après un bref temps de latence, monte puis s'épuise en moins d'une minute. Entre les crises, une impression d'instabilité ou de nausée peut persister.

Aucun trouble de l'audition. La HAS précise qu'il n'y a pas de signe cochléaire : ni baisse d'audition, ni sifflement, ni bourdonnement liés à la crise. Une sensation d'oreille pleine relève d'autres causes, abordées dans notre article sur l'oreille bouchée.

Aucun signe neurologique. Pas de vision double, pas de trouble de la parole, pas de faiblesse d'un membre, pas de mal de tête inhabituel. Leur présence change tout, comme le détaille la dernière partie.

Ce que révèlent les yeux

Pour le canal postérieur, la HAS retient un nystagmus qui associe une torsion et une composante verticale vers le haut, apparaît après un temps de latence, augmente puis décroît, et s'épuise si l'on répète le test. Pour le canal horizontal, c'est l'inversion du sens du nystagmus quand la tête tourne d'un côté puis de l'autre qui signe le diagnostic. Ces critères indiquent quel canal et quelle oreille sont en cause, donc quelle manœuvre choisir.

Une médecin en blouse blanche examine l'oreille d'un homme assis au bord d'une table d'examen

Pourquoi les cristaux de l'oreille interne se décrochent

Souvent, aucune cause n'est retrouvée : on parle de forme idiopathique. La HAS conseille toutefois de rechercher un événement déclenchant pour distinguer une forme idiopathique d'une forme secondaire, et cite trois situations : un traumatisme, comme un choc à la tête, une maladie virale et une manipulation cervicale.

Un vertige qui débute juste après une chute ou un coup sur la tête mérite un examen attentif, ne serait-ce que pour vérifier l'absence d'autre lésion. Un épisode qui suit une manipulation du cou doit aussi être signalé, d'autant qu'une douleur derrière la tête et dans la nuque associée à des vertiges fait partie des situations qui justifient un avis spécialisé.

Les gestes du quotidien qui déclenchent la crise ne sont pas des causes : se coucher ou se pencher révèlent la présence des cristaux, ils ne la provoquent pas.

Le diagnostic : un test au cabinet

Le diagnostic repose sur l'interrogatoire et sur une manœuvre de provocation. Pour le canal postérieur, le test de référence est celui de Dix-Hallpike : la personne, assise sur la table d'examen, la tête tournée d'un côté, est allongée rapidement en arrière par le soignant, qui maintient sa tête et observe l'apparition, la direction et la durée du nystagmus. Le test est ensuite fait de l'autre côté.

Pour le canal horizontal, la HAS recommande le test positionnel rotatoire couché, dit test de roulis : allongée sur le dos, la tête légèrement fléchie, la personne voit sa tête tournée d'un côté puis de l'autre. Une flexion de la tête vers l'avant d'environ 30 degrés aide ensuite à déterminer l'oreille atteinte.

Ces tests reproduisent volontairement le vertige pendant quelques secondes, et c'est cette reproduction qui confirme le diagnostic. Quand le tableau est atypique ou que des signes d'alerte s'y ajoutent, c'est le spécialiste qui décide d'aller plus loin.

Le traitement : replacer les cristaux par des manœuvres

Le principe est mécanique : faire passer la tête par une succession de positions précises pour que les cristaux, guidés par la pesanteur, ressortent du canal et retournent là où ils ne gênent plus.

Pour le canal postérieur, la HAS recommande la manœuvre de repositionnement des canalithes d'Epley ou la manœuvre libératoire de Sémont. La première enchaîne plusieurs positions allongées en tournant la tête par étapes ; la seconde fait basculer la personne assise rapidement d'un côté puis de l'autre. Pour le canal horizontal, elle recommande la manœuvre de Lempert et Tiel-Wilck ou celle de Gufoni. Pour le canal antérieur, les connaissances ne permettent ni de recommander ni d'écarter les manœuvres proposées.

Si les symptômes persistent, la manœuvre peut être répétée plusieurs fois au cours de la même séance, à condition que le test de Dix-Hallpike reste positif et que l'état de la personne le permette. Les nausées pendant la séance sont fréquentes : venir accompagné évite de conduire juste après.

Médecin ou kinésithérapeute ?

Selon la HAS, les manœuvres sont réalisées par des médecins ou des masseurs-kinésithérapeutes spécifiquement formés ; ceux qui ne le sont pas doivent réorienter la personne. Le parcours passe souvent par le médecin traitant, qui peut faire le test lui-même ou adresser à un ORL ou à un kinésithérapeute vestibulaire. La HAS propose une formulation type pour l'ordonnance : bilan-diagnostic kinésithérapique, manœuvres thérapeutiques pour vertige positionnel et contrôle si nécessaire.

Un homme assis au bord de son lit, la main sur le front, la tête penchée en avant

Les vidéos de manœuvres à faire seul circulent largement, mais sans test préalable on ne sait ni quel canal ni quel côté est touché. Une manœuvre faite du mauvais côté n'a aucune chance d'aider : le choix de la manœuvre découle du diagnostic.

Et sans traitement ?

La HAS indique que le VPPB disparaît spontanément en sept jours dans 30 % des cas. La majorité des personnes gardent donc leurs vertiges plus longtemps sans prise en charge, avec un risque de chute, notamment la nuit. Une réévaluation dans le mois qui suit peut être proposée pour vérifier que les symptômes ont disparu. Les médicaments contre les nausées ou les vertiges ne replacent pas les cristaux ; leur éventuel usage relève du médecin.

Les signes qui ne cadrent pas avec des cristaux

Tout vertige n'est pas un VPPB. La HAS liste les éléments qui doivent conduire vers un spécialiste en oto-neurologie : maux de tête, vision double, troubles de la coordination ou de la marche, acouphènes, douleur d'oreille, douleurs cervicales ou tout autre signe neurologique. Elle y ajoute des anomalies que seul le soignant voit, comme un nystagmus présent au repos ou prolongé sans vertige après la manœuvre, ainsi que toute évolution inattendue.

Certaines situations relèvent de l'urgence vitale. L'Assurance Maladie rappelle les signes d'un accident vasculaire cérébral : visage qui se paralyse d'un côté, impossibilité de bouger un bras ou une jambe, trouble de la parole, mais aussi perte soudaine de l'équilibre avec une démarche instable, trouble de la vision même passager, ou mal de tête intense, brutal et inhabituel. Devant l'un de ces signes, il faut appeler le 15 ou le 112 sans attendre, même si les symptômes disparaissent, et noter l'heure de leur apparition. Les personnes sourdes, malentendantes ou qui ont du mal à parler peuvent alerter par SMS au 114.

Un vertige continu pendant des heures, même sans bouger la tête, ne ressemble pas non plus à une crise de cristaux et doit être examiné rapidement. D'autres repères sur les symptômes à surveiller figurent dans la rubrique Prévention & dépistage.

Questions fréquentes

Les cristaux dans les oreilles peuvent-ils partir tout seuls ?

Oui, c'est possible : la HAS indique une disparition spontanée en sept jours dans 30 % des cas. Pour les autres, une manœuvre adaptée au canal atteint règle le plus souvent le problème en une ou quelques séances.

Une crise de cristaux dans l'oreille s'arrête-t-elle vite ?

Chaque crise dure moins d'une minute, souvent quelques secondes. Elle revient à chaque mouvement de tête dans le plan du canal concerné, tant que les cristaux n'ont pas été replacés.

Les cristaux de l'oreille interne font-ils baisser l'audition ?

Non. Le VPPB ne touche que la partie de l'oreille interne consacrée à l'équilibre. Une baisse d'audition, des acouphènes ou une douleur d'oreille orientent vers une autre cause et justifient un avis médical.

Peut-on faire la manœuvre d'Epley soi-même ?

La HAS confie les manœuvres à des médecins ou des kinésithérapeutes formés, après un test qui identifie le canal et le côté atteints. Sans ce diagnostic, une manœuvre faite seul risque de viser le mauvais côté.

Qui consulter pour des cristaux dans l'oreille ?

Le médecin traitant est le premier interlocuteur. Il peut réaliser le test de Dix-Hallpike ou orienter vers un ORL ou un kinésithérapeute formé à la rééducation vestibulaire.

Un vertige peut-il signaler un AVC ?

Oui, quand il s'accompagne d'une paralysie du visage, d'une faiblesse d'un membre, d'un trouble de la parole ou de la vision, d'une perte d'équilibre brutale ou d'un mal de tête violent et inhabituel. Dans ce cas, composer le 15 ou le 112 immédiatement.

Sources et références

  • Haute Autorité de santé, Vertiges positionnels paroxystiques bénins : manœuvres diagnostiques et thérapeutiques (recommandation de bonne pratique, 2017) — www.has-sante.fr
  • Assurance Maladie (ameli.fr), AVC : que faire ? — www.ameli.fr