Un étudiant de vingt ans n'arrive plus à avaler sa salive, sa fièvre dépasse 39 °C depuis trois jours, son cou est bosselé de ganglions et il dort quatorze heures par nuit sans se sentir reposé : le tableau est typique d'une mononucléose. Environ 90 % des adultes ont déjà croisé le virus d'Epstein-Barr, selon l'Assurance Maladie, et la plupart ne s'en sont jamais rendu compte. Chez l'enfant, cette première rencontre passe souvent pour une simple fièvre avec mal de gorge. Chez l'adolescent et le jeune adulte, elle prend plus souvent la forme bruyante qu'on appelle mononucléose infectieuse : angine très douloureuse, fièvre élevée, ganglions gonflés et fatigue qui cloue au lit.
Comme la maladie se déroule par étapes assez régulières, la suivre dans le temps aide à comprendre ce qui est attendu, ce qui ne l'est pas et à quel moment un signe doit faire appeler un médecin. Les repères qui suivent viennent des pages de l'Assurance Maladie consacrées à la maladie ; ils décrivent l'évolution habituelle et ne remplacent pas l'examen d'un médecin.
Mononucléose infectieuse : un virus de la famille des herpès
Le virus d'Epstein-Barr (souvent abrégé EBV) appartient à la famille des herpèsvirus, comme celui des boutons de fièvre ou de la varicelle. Comme eux, il ne quitte plus l'organisme après la première infection : il reste en sommeil dans les ganglions, à vie. Cette présence silencieuse ne provoque pas de nouvelle mononucléose. La personne garde au contraire une immunité prolongée, ce qui explique qu'on ne fasse en principe la maladie qu'une fois.
Le nom de la maladie vient de ce que l'on voit au microscope dans le sang. Le « syndrome mononucléosique » correspond à plus de 50 % de cellules mononucléées parmi les globules blancs, dont plus de 10 % de lymphocytes T activés, c'est-à-dire de globules blancs mobilisés contre le virus. Ce tableau sanguin n'est pas propre à l'EBV : le cytomégalovirus, la toxoplasmose, le VIH, certaines hépatites, la syphilis secondaire, la dengue, la grippe, des adénovirus ou certains médicaments peuvent le produire aussi. C'est pour cette raison que le médecin ne s'arrête pas à une seule analyse.
Jour zéro : comment le virus passe d'une personne à l'autre
Le surnom de « maladie du baiser » résume le principal mode de transmission : la salive. Un baiser, un verre partagé, une brosse à dents prêtée ou des gouttelettes projetées en toussant suffisent. Le recul des contaminations dans la petite enfance explique que la première rencontre avec le virus survienne plus souvent à l'adolescence, au moment où les contacts rapprochés se multiplient.
La personne qui transmet le virus n'a pas forcément l'air malade. Après la guérison, le virus reste présent en petite quantité dans la salive pendant jusqu'à six mois, et la transmission reste possible pendant cette période. La contagiosité est la plus forte pendant la phase aiguë, celle de la fièvre.
Combien de temps rester prudent
Pendant la maladie, l'Assurance Maladie conseille de ne pas embrasser, de ne pas partager ses verres ni sa brosse à dents. Le don du sang est à éviter pendant la maladie. Ces gestes simples restent utiles dans les mois qui suivent, puisque la salive peut encore contenir le virus.
Semaines 1 à 7 : une incubation longue et silencieuse
Entre la contamination et les premiers symptômes, il s'écoule 4 à 7 semaines sans aucun signe. Cette durée inhabituelle complique la recherche de l'origine : la personne contaminante peut avoir été croisée plus d'un mois avant, et elle ignorait souvent elle-même être porteuse.
À la fin de cette période, la maladie ne démarre pas d'un coup. Elle s'installe progressivement sur une à deux semaines : on se sent las, on mange moins, la tête et les muscles deviennent douloureux, puis la gorge s'enflamme et la fièvre monte.

La phase aiguë : angine, fièvre et ganglions
C'est la période la plus pénible et la plus contagieuse. L'Assurance Maladie décrit plusieurs signes, souvent associés.
| Signe | Ce qu'on observe | Durée habituelle |
|---|---|---|
| Fièvre | Souvent au-dessus de 39 °C, avec frissons | 7 à 14 jours |
| Angine | Gorge très rouge, parfois couverte de dépôts blancs, déglutition douloureuse | Phase aiguë |
| Ganglions | Gonflés et sensibles, surtout dans le cou | Plusieurs semaines |
| Fatigue | Grande lassitude, perte d'appétit, douleurs musculaires | Peut durer après la guérison |
| Éruption | Rare : plaques rouges sur le tronc, les cuisses, les bras | Surtout après de l'ampicilline |
Une angine qui ressemble à une autre
L'angine de la mononucléose peut ressembler à une angine bactérienne à streptocoque. La différence compte, car les antibiotiques n'ont aucun intérêt contre un virus. Le test rapide d'orientation diagnostique de l'angine (Trod), réalisé par le médecin ou en pharmacie, sert justement à écarter le streptocoque du groupe A. Un test négatif associé à une grosse fatigue et à des ganglions marqués oriente vers une cause virale.
Le cas de l'éruption après un antibiotique
Une éruption de plaques rouges peut apparaître lorsqu'une personne atteinte de mononucléose reçoit de l'ampicilline, un antibiotique de la famille des pénicillines, prescrit par exemple parce que l'angine semblait bactérienne. Elle reste rare, mais elle doit être signalée au médecin qui a fait la prescription : lui seul peut faire la part entre une réaction liée à la mononucléose et une véritable allergie.
Chez l'enfant, une forme souvent discrète
Chez l'enfant, les symptômes sont souvent moins marqués et incomplets : un épisode de fièvre avec angine, sans grande fatigue, qui passe pour une infection banale. C'est l'une des raisons pour lesquelles tant d'adultes portent le virus sans le savoir.
Le diagnostic : ce que cherche le médecin
Le médecin traitant pose le plus souvent le diagnostic à l'examen. Il regarde la gorge, à la recherche d'amygdales rouges recouvertes de membranes blanchâtres, palpe le cou pour sentir les ganglions et appuie sous les côtes à gauche pour vérifier si la rate est augmentée de volume ou sensible.
Si le doute persiste, il prescrit une prise de sang. Elle peut montrer trois choses : le syndrome mononucléosique dans la numération des globules blancs, le contact avec le virus d'Epstein-Barr grâce au MNI test, et parfois une légère hausse des enzymes du foie (transaminases). Pour savoir comment se présentent ces lignes sur un compte rendu, notre guide pour lire un bilan sanguin ligne par ligne détaille la numération et le bilan hépatique ; et pour la question de la préparation, les repères sur la prise de sang à jeun ou non s'appliquent aussi ici. Les valeurs de référence imprimées sur le compte rendu varient d'un laboratoire à l'autre : seul le médecin peut interpréter l'ensemble au regard des symptômes.
Le traitement : soulager en attendant que la maladie passe
Il n'existe pas de traitement spécifique de la mononucléose. Le corps élimine l'infection active de lui-même, et le rôle des soins est de rendre la période plus supportable.
Ce qui aide
- Le repos, parce que la maladie est épuisante : les activités physiques sont mises en pause.
- Boire souvent des boissons fraîches, pour compenser les pertes liées à la fièvre.
- Une chambre fraîche et humide, entre 18 et 20 °C.
- Des aliments froids et faciles à avaler, comme les glaces, quand la gorge fait mal.
- Le paracétamol est l'antalgique à privilégier contre la fièvre et la douleur, sauf contre-indication (allergie, maladie grave du foie), en respectant la posologie indiquée par le médecin, le pharmacien ou la notice.
Ce qui est à éviter
- Les anti-inflammatoires non stéroïdiens (ibuprofène, kétoprofène) en automédication : ils peuvent masquer la fièvre et retarder le diagnostic d'une complication.
- L'association ou l'alternance d'antalgiques différents, sauf avis médical.
- L'alcool, car le foie peut être touché par l'infection.
- Les antibiotiques sans prescription : inutiles contre un virus.
- Les aliments épicés ou acides s'ils aggravent le mal de gorge.
Un arrêt de travail peut être prescrit si la fatigue est invalidante, si la fièvre persiste ou si les douleurs musculaires et articulaires sont importantes. L'hospitalisation reste exceptionnelle et réservée aux complications.

Semaines 3 à 5 : la guérison et la fatigue qui traîne
La guérison survient en général en 3 à 5 semaines. La fièvre peut toutefois persister plusieurs semaines, et une fatigue prolongée est possible après la disparition des autres signes. Cette fatigue n'empêche pas forcément de travailler, mais elle oblige souvent à réduire le rythme quelque temps. Une fatigue qui ne recule pas au fil des semaines, ou qui s'accompagne d'un nouveau symptôme, mérite d'en reparler au médecin.
Pour les enfants, le retour en classe se fait quand la fièvre a disparu et qu'ils avalent de nouveau normalement.
Le sport, seulement après la convalescence
Pendant la maladie, la rate peut augmenter de volume et devenir fragile. Un choc sur l'abdomen pourrait alors provoquer sa rupture, une complication rare mais grave. L'Assurance Maladie déconseille donc le sport pendant la convalescence, soit environ un mois, et plus particulièrement les sports de compétition ou de contact (rugby, sports de combat, par exemple). Le feu vert du médecin est utile avant de reprendre, puis une remontée progressive de l'intensité, comme le propose la méthode pour reprendre le sport après une longue pause.
Les complications rares et les signes d'urgence
La grande majorité des mononucléoses guérissent sans séquelle. Quelques complications existent néanmoins :
- La rupture de la rate, surtout dans le premier mois et après un traumatisme. Elle se manifeste par une douleur brutale du côté gauche de l'abdomen, sous les côtes, qui peut irradier vers l'épaule gauche.
- Une atteinte du foie, parfois une hépatite avec jaunisse (peau et blanc des yeux jaunes).
- Des atteintes neurologiques, comme un syndrome de Guillain-Barré, une méningite ou une encéphalite virale.
- Des troubles sanguins, en particulier chez les personnes immunodéprimées.
Appeler le 15 ou consulter en urgence
Une difficulté à respirer ou à avaler, une douleur violente sous les côtes à gauche, une raideur de la nuque ou des signes de déshydratation (bouche sèche, urines rares et foncées, malaise) imposent de consulter en urgence. En cas de détresse, le 15 (Samu) est le numéro à composer.
Consulter rapidement le médecin
Il faut aussi consulter sans attendre si la fièvre est très élevée, si l'enfant n'arrive pas à boire assez, si la personne malade est immunodéprimée, si une jaunisse ou une faiblesse des bras ou des jambes apparaît, ou si l'état ne s'améliore pas après deux semaines, voire s'aggrave.
Pendant la grossesse
Contrairement à la toxoplasmose et, plus rarement, au cytomégalovirus, la mononucléose ne provoque pas de complication chez le fœtus. Une femme enceinte qui présente des symptômes consulte néanmoins son médecin ou sa sage-femme, d'abord pour confirmer le diagnostic, puisque ces infections donnent des signes proches.
Questions fréquentes
Peut-on attraper la mononucléose deux fois ?
En règle générale non : après la première infection, le virus reste en sommeil dans les ganglions sans provoquer de récidive, et l'immunité acquise est prolongée.
Quelle est la durée d'une mononucléose ?
L'incubation dure 4 à 7 semaines, la fièvre 7 à 14 jours, et la guérison survient en général en 3 à 5 semaines. Une fatigue peut persister plusieurs semaines après.
Jusqu'à quand est-on contagieux ?
La contagiosité est maximale pendant la phase fébrile. Le virus reste ensuite présent en petite quantité dans la salive pendant jusqu'à six mois, et peut encore se transmettre.
La mononucléose est-elle grave ?
Le plus souvent non : elle guérit seule. Les complications (rupture de la rate, hépatite, atteintes neurologiques) sont rares, mais justifient d'éviter le sport de contact pendant un mois et de connaître les signes d'urgence.
Faut-il des antibiotiques ?
Non. La maladie est virale et les antibiotiques n'ont pas d'effet sur le virus d'Epstein-Barr. Le test rapide de l'angine aide à écarter une infection à streptocoque qui, elle, peut en nécessiter.
Comment savoir si c'est une mononucléose ?
Seul un médecin peut le dire, à l'examen et si besoin par une prise de sang avec MNI test. Une angine intense avec grosse fatigue et ganglions marqués, chez un adolescent ou un jeune adulte, doit faire consulter.
Sources et références
- Assurance Maladie (ameli.fr), Mononucléose infectieuse : définition, transmission et symptômes — www.ameli.fr
- Assurance Maladie (ameli.fr), Mononucléose infectieuse : que faire et quand consulter — www.ameli.fr
- Assurance Maladie (ameli.fr), Mononucléose infectieuse : diagnostic, traitement et évolution — www.ameli.fr




