Il est 7 h 30, la salle d'attente du laboratoire est déjà pleine. Certains patients ont pris un café, d'autres n'ont rien bu depuis la veille, d'autres encore se demandent s'ils pouvaient prendre leur comprimé du matin. La prise de sang est un examen banal, mais sa préparation suscite beaucoup de questions.
Une préparation adaptée garantit des résultats fiables. À l'inverse, un repas copieux la veille ou un complément mal venu peuvent modifier certains paramètres et conduire à des examens supplémentaires inutiles.
Faut-il être à jeun ?
Pas pour toutes les analyses
C'est la première chose à savoir : le jeûne n'est pas toujours nécessaire. De nombreuses analyses courantes (numération formule sanguine, créatinine, TSH, ferritine dans la plupart des cas, sérologies…) peuvent se faire sans être à jeun.
Le jeûne est en revanche requis ou recommandé pour :
- la glycémie à jeun, par définition ;
- le bilan lipidique, en particulier les triglycérides, qui augmentent après un repas ;
- certaines analyses hormonales ou spécialisées, selon la prescription.
Les pratiques ont évolué : pour le bilan lipidique, certains laboratoires acceptent des prélèvements sans jeûne strict dans certaines situations. La règle est simple : suivez les consignes de votre ordonnance ou du laboratoire. En cas de doute, appelez-le la veille.
Combien d'heures ?
Quand il est demandé, le jeûne dure en général 8 à 12 heures. En pratique : un dîner léger la veille, rien après, et un prélèvement le matin. Un jeûne trop prolongé n'est pas souhaitable non plus : il peut lui-même modifier certains résultats et provoquer un malaise.
| Pendant le jeûne | Autorisé ? |
|---|---|
| Eau plate | Oui, recommandé |
| Café, thé (même sans sucre) | Non, en général |
| Jus de fruits, lait, sodas | Non |
| Chewing-gum, bonbons | Non |
| Tabac | À éviter |
| Médicaments habituels | En général oui, sauf consigne contraire |
Les autres règles de préparation
Le repas de la veille
Un dîner léger et habituel la veille est préférable. Un repas très gras, très riche en sucres ou très arrosé peut modifier les triglycérides, la glycémie et certains paramètres du foie (gamma-GT).
L'alcool et l'effort physique
- Évitez l'alcool dans les 24 à 48 heures précédentes, surtout si un bilan hépatique ou lipidique est prévu.
- Évitez un effort physique intense la veille : il peut augmenter certains marqueurs musculaires (CPK) et modifier d'autres résultats.
Les médicaments
En règle générale, continuez vos traitements comme d'habitude, sauf indication contraire. Certains dosages de médicaments se font à une heure précise par rapport à la prise : le médecin le précise sur l'ordonnance. Signalez au laboratoire les traitements qui peuvent compliquer le prélèvement, notamment les anticoagulants.
Les compléments alimentaires : attention à la biotine
La biotine (vitamine B8), présente à forte dose dans certains compléments « cheveux, peau, ongles », peut fausser certaines analyses de biologie médicale, en particulier des dosages hormonaux (dont la TSH) et certains marqueurs cardiaques. Les autorités sanitaires ont alerté à ce sujet. Signalez tout complément au laboratoire : il pourra vous conseiller de l'arrêter quelques jours avant le prélèvement, si votre médecin est d'accord.
L'heure du prélèvement
Certaines substances varient au cours de la journée (cortisol, fer…). Les prélèvements à jeun se font le matin. Si votre ordonnance précise une heure, respectez-la.
Notre e-book gratuit Préparer sa prise de sang réunit ces consignes dans une check-list à cocher la veille et le matin de l'examen.

Comment se déroule le prélèvement ?
Au laboratoire ou à domicile
La prise de sang se fait dans un laboratoire de biologie médicale, avec ou sans rendez-vous selon les établissements. Un infirmier à domicile peut aussi la réaliser sur prescription, notamment pour les personnes à mobilité réduite. Pensez à apporter :
- l'ordonnance ;
- la carte Vitale et, le cas échéant, l'attestation de complémentaire santé ;
- la liste de vos traitements ;
- éventuellement vos résultats précédents, pour comparaison.
Les étapes
- Le préleveur vérifie votre identité et la prescription, et vous pose quelques questions (jeûne, traitements).
- Il pose un garrot au-dessus du coude pour faire gonfler la veine.
- Il désinfecte la peau et pique la veine au pli du coude avec une aiguille fine.
- Le sang est recueilli dans un ou plusieurs tubes sous vide, de couleurs différentes selon les analyses.
- Il retire l'aiguille et pose une compresse : appuyez fermement deux à trois minutes, bras tendu, sans le plier.
- Un pansement est posé.
L'ensemble dure quelques minutes. La quantité de sang prélevée est faible et sans conséquence pour l'organisme.
Si vous avez peur des aiguilles
La peur des piqûres est fréquente et n'a rien de honteux. Prévenez le préleveur : il pourra vous installer allongé, ce qui limite le risque de malaise. Détournez le regard, respirez lentement, discutez. Une crème anesthésiante locale peut être prescrite, notamment chez l'enfant.
Après la prise de sang
- Un petit bleu peut apparaître : il disparaît en quelques jours. Il est plus fréquent si l'on n'a pas assez appuyé.
- Évitez de porter des charges lourdes avec ce bras pendant quelques heures.
- Si vous étiez à jeun, mangez rapidement : une collation est souvent la bienvenue.
- Une douleur importante, un gonflement ou une rougeur qui s'étend doivent faire consulter.
Le prélèvement au bout du doigt
Toutes les analyses ne nécessitent pas une prise de sang veineuse. Le prélèvement capillaire, au bout du doigt (ou au talon chez le nourrisson), recueille une goutte de sang.
Pour le suivi du diabète
Les personnes diabétiques mesurent leur glycémie au bout du doigt avec un lecteur et des bandelettes, ou utilisent des capteurs de glucose. Voir notre article sur la glycémie.
Pour les tests rapides
Certains tests rapides, réalisés en pharmacie, par des professionnels ou en autotest, utilisent une goutte de sang : c'est le cas, par exemple, des autotests de dépistage du VIH vendus en pharmacie. Leur résultat doit être confirmé par une analyse en laboratoire s'il est positif.
Le papier buvard
Une goutte de sang peut aussi être déposée et séchée sur un papier buvard spécial, puis envoyée au laboratoire. Cette technique, appelée tache de sang séché, présente des avantages : peu de sang nécessaire, prélèvement simple, transport facile à température ambiante. Elle est utilisée en France pour le dépistage néonatal, réalisé sur une goutte de sang prélevée au talon du nouveau-né dans les jours qui suivent la naissance, et dans certains programmes de recherche ou de dépistage. Toutes les analyses ne sont pas possibles sur buvard : la technique reste réservée à des usages précis.

Les résultats
Les résultats sont disponibles en quelques heures à quelques jours selon les analyses. Ils sont transmis au médecin prescripteur et accessibles au patient, souvent sur un espace en ligne sécurisé et dans le dossier médical partagé (Mon espace santé).
Pour les comprendre, lisez notre guide du bilan sanguin : chaque résultat s'interprète par rapport aux valeurs de référence du laboratoire et à votre situation. C'est votre médecin qui fait la synthèse.
Le remboursement
Les analyses prescrites par un médecin sont prises en charge par l'Assurance Maladie, en général à 60 %, le reste pouvant être couvert par la complémentaire santé. Certaines situations ouvrent droit à une prise en charge à 100 % (affection de longue durée, maternité…). Certaines analyses peuvent être réalisées sans ordonnance, à la demande du patient : elles ne sont alors généralement pas remboursées, à l'exception de quelques dépistages, comme celui du VIH, pris en charge sans ordonnance en laboratoire. Renseignez-vous auprès du laboratoire.
Questions fréquentes
Peut-on se brosser les dents avant une prise de sang à jeun ?
Oui, en évitant d'avaler le dentifrice et en rinçant à l'eau.
J'ai mangé par erreur, que faire ?
Signalez-le au laboratoire. Selon les analyses demandées, il pourra faire le prélèvement en le notant, ou vous proposer de revenir un autre jour.
Peut-on faire une prise de sang pendant les règles ?
Oui, dans la grande majorité des cas. Pour certains dosages hormonaux, le moment du cycle compte : il est alors précisé sur l'ordonnance.
Les enfants doivent-ils aussi être à jeun ?
Seulement si l'analyse l'exige, et sur une durée adaptée à leur âge, généralement plus courte que chez l'adulte : le laboratoire ou le médecin le précise. Pour un enfant, expliquer simplement le déroulement, prévoir un doudou ou un jeu et une collation pour après aide beaucoup.
Une prise de sang fatigue-t-elle ?
Non, la quantité prélevée est faible. Le malaise qui survient parfois est lié à l'émotion ou au jeûne, pas à la perte de sang.
En résumé
Le jeûne n'est nécessaire que pour certaines analyses, comme la glycémie et le bilan lipidique : il dure alors 8 à 12 heures, avec de l'eau à volonté. Continuez vos traitements sauf consigne contraire, signalez vos compléments (surtout la biotine) et évitez l'alcool et l'effort intense la veille. Le prélèvement ne dure que quelques minutes ; appuyez bien sur la compresse ensuite. Pour ne rien oublier, imprimez notre check-list Préparer sa prise de sang.
Sources et références
- Assurance Maladie — lire les résultats d'une prise de sang — www.ameli.fr
- ANSM — interférence de la biotine avec les analyses de la fonction thyroïdienne — ansm.sante.fr
- Santé publique France — dépistage néonatal — www.santepubliquefrance.fr



